Wikipedia et le CAC40

 
Beaucoup de bruit sur Twitter sur les derniers délires concernant Wikipedia, probablement le phénomène le plus emblématique et le moins bien compris du Web 2.0… Voilà t-y pas que RSCG demande un droit de réponse (pardon, ‘droit de cité’), pour opposer son point de vue à celui de la foule, anonyme et pas toujours bienveillante, […]

Par Fabrice Epelboin

 

Beaucoup de bruit sur Twitter sur les derniers délires concernant Wikipedia, probablement le phénomène le plus emblématique et le moins bien compris du Web 2.0… Voilà t-y pas que RSCG demande un droit de réponse (pardon, ‘droit de cité’), pour opposer son point de vue à celui de la foule, anonyme et pas toujours bienveillante, sur les pages consacrées aux entreprises du CAC40 et à leurs patrons…

A première vue, cela fait bien rire, c’est un peu comme si Coca Cola avait exigé de Staline la possibilité de placarder de la pub dans le Moscou des années 50 (j’exagère, je sais).

Sauf qu’à y regarder de plus près, cette demande n’émane pas d’un pubar qui ne comprend rien au web, bien au contraire.

J’ai rencontré Stéphane Guerry (l’auteur de cette demande étrange) en… 1996, nous étions déjà à l’époque des travailleurs du web, autant dire qu’il n’a pas découvert internet avant hier, et qu’il n’aborde pas ce ‘média’ avec les préjugés propres à ceux qui  sont que des transfuges d’autres secteurs, essayant avec acharnement d’y appliquer un capital-savoir devenu obsolète…

Curieux aussi, sur son blog, cet étonnement… ‘Pourquoi douter que les entreprises ne soient pas honnêtes et objectives’… heu… par ce qu’on est, nous aussi, des pros de la com’, et qu’on est payé pour… ben, justement, tout le contraire… et pas ces même entreprises, dis donc…

La question soulevée par DamDam ce matin sur Twitter consistait à se demander si cette prise de parole de Euro RSCG était motivée par un client mécontent de se faire chahuter sur Wikipédia… à mon avis, c’est la cas.

C’est donc avec toute mon amitié (et mon respect) que je me permet de reprendre quelques remarques faites par Stéphane (post publication et post déformation par voie de presse interposée de son communiqué de presse), en y allant de mon petit commentaire (à 2¢).

Wikipedia m’a valut à moi même bien des problèmes, il y a un an à peine, j’avais été bien incapable d’expliquer à un marchand d’encyclopédie B2B à quel point ce concept lui était à la fois étranger et dangereux (entre temps, après 2 licenciements de directeurs en un an et une fuite massive des compétences encore en place… il semblerait qu’il n’ai toujours pas compris… Darwin à l’œuvre dans le capitalisme en sorte, le Dinosaures meurent, ça fait du terreau pour les jeunes pousses).

je comprends que certains aient des doutes sur la capacité des entreprises (et des agences de communication) à rester « neutres et objectives ».

Sérieusement… ça se passe de commentaires, non ? Si les entreprises étaient neutres et objectives, à quoi ressembleraient les campagnes de pubs orchestrées par leurs agences ? La nouvelle baseline de Total ? ‘Désolé pour les plages les gars, la prochaine fois… ben… on sera désolé aussi’. Kelogg’s ? ‘Avec vous, dans l’anorexie’, Gucci ? ‘Nos saloperies sont fabriquées en Chine, mais tant que vous êtes suffisamment c… pour les payer à ce prix, pourquoi se priver ?’…

EDIT: depuis, sur le blog de Mry, Stéphane est revenu sur ce propos… Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Wikipédia a tout à gagner à une meilleure identification des sources

Une encyclopédie, oui, Wikipedia, non, précisément. C’est tout ce qui fait la différence entre Knoll (le Wikipedia-killer de Google) et Wikipedia. C’est un point sur lequel je n’ai jamais réussi à convaincre le client dont je parle plus haut (le marchand d’encyclopédie B2B), mais si, une parti de ce que fait Wikipedia tient précisément à cela. Sans cela, ce ne serait pas Wikipédia. Point. Si vous voulez une encyclopédie qui met en avant ses auteurs, elles ne manquent pas sur internet, la plupart de encyclopédies y sont, libre d’accès depuis peu, sans compter les Knoll et autres Squidoo… Wikipedia est différent, et c’est l’une de ses spécificités. Wikipédia n’est pas un produit fini, que ce soit au niveau de ses contenus, mais également de sa forme, cela fait à la fois sa force, sa faiblesse… et son charme.

Pour ce qui est de la qualité de ses contenus, j’ai souvenir de discussions avec d’ex patrons d’encyclopédies vénérables qui m’avouait que, eux aussi, avaient un taux d’erreur proche de Wikipédia…

je comprends que l’on puise ne pas être d’accord avec cette “proposition”. Il s’agit avant tout d’ouvrir un débat public et de voir émerger des propositions constructives (merci aux premiers contributeurs ci-dessous).

Non seulement il n’y a aucune chance pour que quiquonque chez Wikipedia approuve cette proposition, mais le plus énervant pour le CAC40, ses patrons, et surtout ses agence, c’est qu’ils n’en ont strictement rien à foutre. Ils ne dépendent pas de leurs subsides, et la première entreprise du CAC40 qui se risquerai (ou qui s’est risquée) à une modification intempestive, un procès, ou une pression sur Wikipédia, se verrait immédiatement tourner en ridicule (et sa marque perdre en valeur par la même occasion).

Allez… un petit lien pour le petit monde de la pub, en espérant que celà succite quelques méditations :
The People Formerly Known as the Audience

Bonne lecture :)

2 Commentaires

  1. Luc a fait ce commentaire le 13 juin 2008 | Permalien

    Voilà que ca fait un papier dans le monde… la polémique n’est pas prête de s’arrêter… http://snurl.com/2gyzv

  2. Fabrice Epelboin a fait ce commentaire le 23 juin 2008 | Permalien

    Pour ajouter de l’eau au moulin, selon une récente étude de Fleishman-Hillard/Harris, le web est le média le plus influent (de loin) lors d’une décision d’achat, et 72% des consommateurs déclarent ne pas faire confiance à l’information publiée par les entreprises (il reste tout de même 28% de naifs à qui les agences de pubs peuvent toujours faire passer des vessies pour des lanternes, c’est rassurant… pour eux). On comprend mieux pourquoi les entreprises du CAC40, à défaut de transmettre eux même leurs salades, aimeraient bien opuvoir le faire via Wikipédia, et on comprend aussi pourquoi cela tuerait sur le champ toute la crédibilité (déjà largement attaquée) de Wikipédia.

    http://is.gd/DMI

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"The Era of Proscrastination, of Half-Measures, of Smoothing ans Baffling Expedients, of Delays is Coming to its Close. In its Place We are Entering a Period of Consequences."

Sir Winston Churchill, Nov 12, 1936
in 'An inconvennient Truth' - by Al Gore

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