
La technologie n’a pas d’âme, contrairement à ce qu’essaye de nous faire croire Steve Jobs, c’est son usage qui lui en donne, et donc nécessairement les humains qui mettent au point ces usages qui l’injectent .
Or la technologie, de tout temps, est capable du meilleur comme du pire, et bien sûr, malgré son jeune âge, l’informatique ne fait pas exception à la règle.
Le paroxysme de l’horreur en matière d’usage de la technologie fut atteint par l’une des plus vieilles sociétés technologiques au monde, et date d’il y a bien longtemps, mais le pire, est sans doute à venir.
Petite ballade au pays des bisounous technoïdes, version gore.

Nous sommes en 1924, et dans cette époque de paix retrouvée et de prospérité, une entreprise technologique entre pour la première fois au fameux classement du Fortune 500. Malgré de nombreuses erreurs stratégiques, elle n’en sortira pas, je veux parler du vénérable IBM.
Pour la plupart des geeks, IBM est une société stupide qui n’a pas imaginé un instant que l’économie de demain (demain, dans les années 80), allait passer du matériel au logiciel. Ils ont bêtement laissé un certain Bill Gates (sur lequel je reviendrais) leur fourguer un CPM80 re-écrit à la va vite sous le nom de MS-DOS et sont passé à coté d’une opportunité unique : la domination totale, tant sur le plan logiciel que matériel, d’une marché qui s’annonçait colossal : la micro informatique.

Mais cela n’est pas la première erreur d’IBM, et même si elle a eu des conséquences désastreuses (l’apparition de Microsoft), on peut tout de même se réjouir qu’une telle société se soit plantée de la sorte et n’ait plus aujourd’hui, un rôle majeur dans la conduite du monde.
Pourquoi, me direz-vous ? Simple. Laissez- moi vous compter l’une des anecdotes corporate les plus sombres de l’histoire américaine, une anecdote à coté de laquelle les cigarettiers font office de marchands de bonbons, et face à laquelle Montsanto fait figure d’exemple de probité et de moralité.
Beaucoup de sociétés américaines ont fait des affaires avec les nazis, même la fondation Rockefeller - c’est dire l’idiotie du système capitaliste quand il s’embourbe dans le monothéisme du veau d’or - mais quand la seconde guerre mondiale explose, toutes ou presque cessent du jour au lendemain de commercer avec Hitler.
Toutes ? Pas tout à fait. IBM, lui, continue, attiré par les opportunités du marché local en matière de mise en place de technologies destinées à optimiser un process industriel inédit, et que les Allemands cherchent à rendre le plus efficace possible : la solution finale.
Dans les livres d’histoire, à l’école, on apprend succinctement que ce délicat épisode de l’histoire de l’humanité a coûté la vie à environ six millions de personnes : juifs, tziganes, homosexuels… Les livres d’Histoire s’arrêtent là - ceux que l’on met dans les mains des écoliers, tout du moins. Mais un tel chiffre, une fois l’horreur passée, pose tout de même pas mal de questions.

Six millions de personnes, à transporter, parquer, déposséder, gazer, brûler, c’est une tâche colossale. De nos jours, pour organiser le transit au sein d’une grande gare ou d’un aéroport international, qui gèrent annuellement des transits similaires, c’est encore un véritable casse tête (et encore, il n’est question, dans cet exemple, que de les transporter).
Les nazis avaient besoin, pour mener cette tâche à bien, d’outils nouveaux. Qui les leur ont fournit ?

Seuls à l’époque à maîtriser ce qui par la suite sera appelé ‘bases de données’, IBM a fourni tout l’infrastructure (hardware et software).
La gigantesque base de données mise au point pas IBM répertoriait tout avec des méthodes encore utilisées aujourd’hui.

Un champ de la base, par exemple, référencait la qualité d’un prisonnier afin d’automatiser le sort qui lui était réservé : 8 pour un juif, 11 pour un Tzigane… Cela permettait de l’acheminer vers une destination, réservée à un autre champ : 001 pour Auschwitz, 002 pour Buchenwald, etc, et de lui attribuer un sort : 5 pour une exécution, 6 pour la chambre à gaz… Difficile de croire qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient.
Extrait du film ‘The Corporation‘
Aujourd’hui, IBM explique de façon maladroite qu’ils ont été victimes des circonstances, que leur filiale est tombée sous contrôle nazi… Les pauvres…
D’autres grands industriels (comme Bata), pour la plus grande honte d’IBM, ont montré qu’il était possible d’avoir une conduite autrement plus honorable durant cette période trouble.
Si encore ils avait tiré une leçon de cet épisode dramatique… mais non, bien au contraire, après avoir contribué à l’extermination de millions de juifs, ils remettaient le couvert quelques années plus tard avec… des noirs.
IBM est-il maléfique ? A vous de juger. Toujours est il qu’ils se sont montrés totalement irresponsables dans leurs usages de la technologie, et que sans leur aide, la solution finale n’aurait pas été aussi efficace.
Aujourd’hui, IBM est un vieux lion édenté, probablement inoffensif, mais d’autres sont bien plus dangereux et viennent de mettre au point des technologies encore plus terrifiantes qu’une inoffensive base de données.
La jungle en effet ne reste pas sans maître, et Google, même s’il est un sérieux prétendant, n’en est pas encore le roi, et pour une simple raison, il n’a pas (encore) tué le successeur d’IBM : Microsoft.
Or Microsoft, sentant sa fin proche, semble bien parti pour faire bien pire qu’IBM, et ce grâce à une technologie - inoffensive à priori - mais dont l’usage qu’ils proposent est tout simplement diabolique.

Il y a quelques semaines, un brevet signé Microsoft sur la biométrie était mis à jour par le Times (puis repris par Techcrunch). Il s’agit d’un système, je cite (et je traduis) :
‘Permettant de relier les employés à leur ordinateur par des senseurs sans fils qui mesurent leur métabolisme. Le système permettrait alors aux managers de monitorer les performances des employés en mesurant leur rythme cardiaque, leur température corporelle, leurs expressions faciales, leurs ondes cérébrales et leur pressions sanguine’
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Rassurez vous, il y a peu de chance qu’un tel système arrive chez nous, petits occidentaux embourgeoisés, gavés de démocratie au point d’en oublier de voter, et pétris de droits de l’homme pour peu que ceux ci soit situés dans de lointaines contrées, opprimés par de méchants dictateurs, pauvres, si possible.
Mais en Chine ? Qui va empêcher qu’un tel système soit embarqué d’office dans tous les ordinateurs domestiques, et relié en permanence aux autorités ? Qui va empêcher de voir apparaître une horde de robots humains, chaînon manquant entre le robot, l’employé, et l’esclave ?
Pas Microsoft, vous vous en doutez.

Pour mémoire, les téléphones portables aux Etats-Unis sont équipés de système de géolocalisation qui permettent aux autorités de vous localiser en quelques clics. Et peu de monde a protesté.
La prochaine fois que vous achetez un PC à la place d’un Mac sous prétexte que ‘c’est moins cher’, demandez vous si vous voulez vraiment que ce type ai un impact majeur sur l’avenir de l’humanité.
Vous l’y aidez en utilisant votre PC, votre traitement de texte, votre tableur, et oui, vous êtes coupable, car il existe des alternatives.
A partir de là, à vous de voir, mais une chose est sûre : tout comme IBM en 1940, vous savez ce que vous faites.

2 Commentaires
Ca fait froid dans le dos, je n’achèterais plus d’IBM. Mais en même temps, leurs PC sont désormais chinois
Le problème, ce n’est plus tant ton PC, mais ce qui le fait tourner
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[…] très longtemps, un période que je fixe arbitrairement de la Shoa au web 2.0, les entreprises – au sens le plus large qui soit – ont demandé aux nouvelles […]